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Fiche pédagogique – L’issue décevante de la COP26 : le pacte de Glasgow, un accord en demi-teinte

 

Le pacte de Glasgow a été adopté le samedi 13 novembre 2021 par quelques 200 pays à l’issue deux semaines de négociation dans le cadre de la 26ème conférence mondiale pour le climat. L’objectif principal affiché résidait dans le respect de l’ambition émise lors de l’Accord de Paris en 2015 de contenir le réchauffement climatique en deçà de 2°C et si possible à 1,5°C. Le dénouement de la COP26 est cependant loin d’entériner cette promesse car, malgré les quelques avancées importantes et parfois inattendues, de nombreux reculs sur les engagements envisagés ont été constatés.

➢ Les avancées timides auxquelles la France participe

Les avancées figurent presque uniquement au sein d’accords thématiques en marge des négociations :

• Dispositions sur les énergies fossiles :

La réduction des énergies fossiles n’avait jamais été mentionnée auparavant, elle l’est dans le pacte de Glasgow. Il s’agit d’un progrès embrassé par 39 pays, dont la France, qui ont participé à la signature d’un accord mettant fin d’ici 2022 aux financements à l’étranger des énergies fossiles lorsque leur exploitation ne fait pas l’objet de techniques de capture du CO2. Ainsi, ces pays s’engagent à cesser de soutenir les projets de centrales à charbon, de gaz et l’exploitation du pétrole afin de réorienter leurs investissements en faveur des énergies renouvelables.

Sous le nom de BOGA pour « Beyond Oil and Gas », une douzaine de pays dont la France, se sont engagés à accélérer l’abandon progressif de la production de combustibles fossiles.

• Dispositions sur les émissions de gaz à effet de serre

Quelques 107 pays, parmi lesquels ceux de l’UE ainsi que les Etats-Unis, se sont engagés à réduire leurs émissions de méthane de 30% d’ici 2030. Principalement issu de l’agriculture et de l’élevage, il s’agit du deuxième gaz responsable du réchauffement climatique après le CO2. En revanche, les pays les plus émetteurs tels que la Chine, la Russie, l’Inde ou l’Iran n’ont pas signé cet accord.

Créant la surprise, le gouvernement brésilien a réhaussé ses ambitions de réduction des émissions de CO2 à hauteur de moins 50% d’ici 2030. Cet objectif est suivi d’une ambition de neutralité carbone d’ici 2050. Pour l’Inde, cette dernière est fixée à l’horizon 2070.

• Disposition de lutte contre la déforestation

Environ 180 pays, représentant 85% des forêts tropicales, se sont engagés à mettre fin à la déforestation d’ici 2030. En détails, une douzaine de pays parmi lesquels figurent la France vont mobiliser conjointement 10,3 milliards d’euros de fonds publics pour lutter contre la déforestation.

➢ Les déceptions et les rétropédalages alarmants :

• La Chine et l’Inde restent attachées aux énergies fossiles :

La Chine et l’Inde ont fait pression dans les derniers jours de la COP26 pour atténuer les dispositions du texte en matière d’accélération de la sortie du charbon et des subventions aux énergies fossiles. Le texte adopté demande finalement l’intensification des efforts vers la réduction du charbon sans système de capture de CO2 et vers la sortie progressive des subventions inefficaces aux énergies fossiles. Les deux pays ont obtenu que le terme “disparition progressive” soit remplacé par “diminution progressive », atténuant donc les ambitions du pacte.

• Adaptation des mesures aux circonstances nationales particulières

Le texte évoque la prise en compte des « circonstances nationales particulières » dans les efforts demandés aux pays pour limiter et diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre, ouvrant la porte à des réticences, voire à l’immobilisme.

• L’aide aux pays pauvres abandonnée

Le dossier concernant l’aide aux pays pauvres n’a pas fait l’objet de résolution. En effet, parmi les enjeux figurait une disposition de compensation financière pour les pertes et dommages réclamée par les pays vulnérables afin de financer les dégâts déjà causés par le changement climatique. Cela n’a pas été acté. Les pays développés, considérés comme historiquement responsables du réchauffement climatique, devaient verser 100 milliards de dollars par an pour aider les pays en développement à lui faire face. Cette promesse n’est pas tenue.

➢ En somme …

La faiblesse du pacte a été relevée par de nombreux observateurs qui insistent sur la direction critique que le réchauffement climatique s’apprête à prendre. L’augmentation des températures pourrait se rapprocher dangereusement des +2,7°C selon les projections de l’ONU énoncées avant la COP26 dans l’éventualité qu’aucune résolution ambitieuse ne soit prise lors de celle-ci. Cet accord en demi-teinte a même conduit le président de la COP26, Alok Sharma, à présenter ses excuses larmoyantes lors de la conclusion de l’accord final et Boris Johnson à affirmer que sa « joie devant ces progrès est teintée de déception ».